Apache Software Fondation lance un ultimatum à Oracle

Avec Oracle, les évènements se répètent mais ne se ressemblent pas, on savait depuis longtemps que l’open-source n’était pas la priorité numéro un de cette compagnie, spécialiste de la base de données du même nom. Ces derniers temps, les accusations, procès et plaintes se font de tous les côtés, et de nombreux articles sur internet en font écho.

Apache Logo

Depuis quelques temps, c’est la fondation Apache Software (très présente dans les environnements serveurs avec Apache et Tomcat) qui voit ses intérêts et ses perspectives d’avenir se réduire par la seule volonté d’Oracle, ce dernier lui refuse en effet l’utilisation de certaines licences pour son projet Harmony. C’est pourquoi elle lance aujourd’hui un ultimatum à Oracle pour obtenir gain de cause, et menace de bloquer la roadmap de Java 7 lors du Java Community Process (JCP).

Avec les acquisitions en cascade, le rachat de MySQL par Sun dans un premier temps, puis le rachat de Sun par la société Oracle, plusieurs projets open-source se sont retrouvés malgrés eux sous le contrôle d’Oracle ou du moins dans son périmètre d’action (qui a dit l’enfer?). Java, MySQL, Open-Office, Open-Solaris se sont ainsi retrouvés directement sous les ordres d’Oracle alors que d’autres projets comme Android de Google se sont vus attaquer pour violation de brevets ou se sont vus refuser des licences. C’est précisément ce dernier cas qui est arrivé à la fondation Apache, Oracle lui refusant l’utilisation de la licence Java Test Compatibility Kit (TCK) pour son projet Harmony. Le projet Harmony est un projet visant à développer une nouvelle implémentation open-source au langage Java tout comme l’est OpenJDK. Pour cela, il a besoin du Java Test Compatibility Kit qui lui permettrait d’être certifié Java . IBM, un des plus gros contributeurs du monde Java et notamment du projet Harmony semble avoir lâché pour le coup la fondation Apache. La conférence de Bonn les 5 et le 6 Octobre derniers a en effet été marquée par un partenariat renforcé entre IBM et Oracle autour de l’OpenJDK. A priori, ce rapprochement permettrait à IBM de renouveler de façon permanente l’utilisation de sa licence Java, celle actuelle expire en 2015.

Derrière ce refus se cache aussi la guerre Google/Oracle à propos de l’OS mobile Android et la plainte d’Oracle contre Goole, Android utilise en effet une machine virtuelle nommée DalvikVM qui utiliserait une partie du code du projet Harmony. Par cette plainte, Oracle veut renforcer l’utilisation exclusive de Java ME (Mobile Edition) sur les terminaux mobile et ne veut pas voir se généraliser Java SE (Standard Edition) sur ce support. A ma connaissance, Oracle a une main mise plus importante sur Java ME. A l’époque, Sun avait rendu open-source une grande partie de son code mais aurait conservé quelques droits sur Java FX et sur Java ME. Selon Oracle, il s’agirait donc là d’une utilisation illégale, en réalité, il s’agit bien d’une histoire de gros sous susceptible de rapporter une belle petite cognote à Oracle.

C’est donc dans ce contexte que la fondation Apache lance une partie de poker menteur pour essayer d’obtenir sa licence en faisant peser la menace d’un blocage de Java 7 au Java Community Process (JCP). Cet organisme où siège la fondation Apache, et plusieurs acteurs open-source ou non (Oracle,IBM), est chargé d’éditer régulièrement la feuille de route (roadmap) des fonctionnalités à apporter aux futures versions de Java. Ce type de structure, très courante dans les projets open-source permet une indépendance des choix sur les évolutions. Très indépendante à l’époque de Sun, l’impartialité du JCP n’est plus depuis le rachat par Oracle. Comme dit plus haut, Oracle et IBM ont signé un partenariat et règnent en maître sur cette organisme.  De nombreux désaccord sont apparus dernièrement poussant même certains à démissionner du comité exécutif du JCP. Lâché par IBM, cet ultimatum n’a donc que peu de chance d’aboutir car la fondation Apache n’a plus beaucoup de poids dans le processus de validation JCP.

Alors que tous les regards se portaient sur MySQL, en concurrence frontale avec le SGBD Oracle, c’est finalement la communauté Java et les produits dérivés de Sun qui semblent (pour le moment) les plus attaqués par les nouvelles méthodes de direction imposées par Oracle. Entre la désertion d’Open-Office pour lancer Libre-Office, la mort annoncé d’Open-Solaris au profit d’un version Solaris Express, certes gratuite mais propriétaire, la communauté Open-source qui gravitait autour de Sun va mal. Reste à savoir si Oracle va continuer à faire la sourde oreille et renforcer son opposition avec la communauté open-source, ou profiter ce cette affaire pour faire un pas vers la réconciliation, ce qui d’un point de vue personnel me semble bien mal engagé.

Pour aller plus loin voici quelques liens qui m’ont aidé pour mon article: